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Fonction symbolisante

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L'ergothérapeute peut soutenir la présence de cette fonction dans son atelier. Elle consiste à rendre à la personne ses capacités de mise en lien et ses capacités de représentation symbolique d'une situation, d'un sentiment, d'un élément psychique et d'en avoir une plus grande conscience. L’existence de ce processus de symbolisation en ergothérapie, nécessite une attention particulière de l'ergothérapeute au niveau de la relation, de la qualité du cadre, de la façon d'utiliser la médiation et au niveau de l'écoute du patient et des processus thérapeutiques qui émergent. C’est l’un des processus les plus complexes à comprendre.

Il est tout d'abord important de comprendre comment l'intelligence symbolique se construit et comment nous entrons dans le monde des symboles. En fonction des pathologies, les personnes auront plus ou moins de capacités à symboliser. La fonction de symbolisation de l'ergothérapeute peut se ressentir dans la mise en mots qu'il ou elle va proposer à la personne en soin. Mais la fonction de symbolisation consiste aussi en la capacité à transformer les expériences vécues en représentations mentales. (Cette partie est traitée dans un autre article pour des raisons de place...) (voir élaboration psychique).




Construction de l'intelligence symbolique

Dans le développement de l'enfant selon Piaget, l’accès à la représentation et à la symbolisation se fait lors de la seconde année de la vie. Il faut en effet que la période sensorimotrice soit achevée pour permettre à l'enfant d'accéder à la représentation grâce à une image devenue mentale. La permanence de l'objet est nécessaire à cette étape. L'enfant entre alors dans une période dite d'intelligence symbolique pré-opératoire. L'enfant va pouvoir traiter les images comme des substituts de l'objet et il va pouvoir réellement penser en faisant des liens entre les images. Il va se comporter avec les images de la même façon qu'avec les objets au stade sensorimoteur.

L’image mentale se construit en fonction de l’appréhension et de la compréhension de l’individu, aussi elle sera fonction de ce que l’enfant aura intégré et digéré de la réalité. Comme toute construction dans le domaine de l’intelligence, celle-ci est active. Piaget dit que « les images mentales (…) résultent d’une imitation intériorisée, leur analogie avec la perception ne témoignant pas d’une filiation directe, mais du fait que cette imitation cherche à fournir une copie active des tableaux perceptifs ». La capacité de mise en représentation mentale s'inscrit donc progressivement dans le psychisme de l'individu.

La relation à la mère est fondamentale dans cette acquisition. La qualité des rencontres très précoces avec la mère et l'entourage maternant, va permettre à l'enfant d'intégrer en lui les capacités symbolisantes de la mère. Winnicott souligne le rôle de miroir primitif offert par la mère, dans son visage mais aussi dans toute sa présence. Bion souligne la fonction de la "rêverie maternelle" et sa capacité à recevoir et détoxiquer les angoisses primitives de l'enfant. (Voir Mélanie Klein ). Anzieu et son concept du moi peau, avec le fantasme de peau commune entre mère et enfant au départ, nous permet de comprendre comment la mère doit maintenir les excitations reçues par l'enfant à un niveau tolérable, exerçant  ainsi a fonction de pare excitation tant que l'enfant ne peut pas le faire.( voir  Anzieu
).

Lacan, quand à lui disait qu'"Il faut que la chose se perde pour pouvoir être représentée". Comme Freud l'indiquait dans son interprétation du jeu de la bobine, ou le jeu du fort-da. Un enfant, observé par Freud, joue avec une bobine, faisant tout à tour apparaitre et disparaitre cette bobine à l'aide d'une ficelle. C'est en 1920 que Freud remarque ce jeu autour des notions de présence et d'absence. La bobine apparait , l'enfant s'écrie "da" (la voilà en allemand). La bobine disparait et c'est un "o-o-o-o" que Freud entend comme "fort" (loin, parti en allemand). Freud relie ce jeu aux moments de présence et d'absence de la mère, qui est vécu comme un abandon et une détresse. L'enfant renverse alors la situation, devient actif, et à force de jouer avec la bobine arrive à imaginer que la mère absente existe toujours quelque part et va revenir. C'est cette situation de perte, de manque qui conduit au développement des fonctions de représentation.

R.Roussillon  évoque quant à lui, la notion de symbolisation primaire et secondaire. Les processus primaires, ou symbolisation primaire, dont le modèle initial est celui du travail du rêve, sont les processus par lesquels la trace mnésique perceptive initiale, inscrite dans le ressenti corporel, est transformée en représentation de choses. Les processus secondaires, ou symbolisation secondaire, sont les processus par lesquels la représentation de choses est transformée en représentation de mot, ou autrement dit, est traduite dans l’appareil à langage verbal.(Voir Travail de symbolisation)

Cette capacité à produire des images mentales va permettre de créer progressivement une sorte de réservoir de représentations. Ce dernier est personnel, lié à l'histoire de la personne, mais il se forme aussi par intégration progressive des représentations collectives, ensemble de représentations qui prennent un sens commun à toute une population traversée par différents symboles selon des critères socio-culturels: caste d'âge, associations, cultures ou races. Tout d'abord la pensée de l’enfant est égocentrique, pas incapacité de se décentrer, c’est à dire de prendre en compte le point de vue d’autrui, pour l'harmoniser avec le sien. L’égocentrisme va se réduire progressivement avec le développement et des images issues du groupe pourront être intégrées et agir dans le psychisme de l'individu comme un ensemble signifiant de symboles et de représentations mentales.

(Voir aussi un article sur la symbolisation selon Bion, Winnicott et Roussillon)


Capacité à utiliser des symboles


La symbolisation désigne tout d'abord la capacité d'utiliser des symboles. Elle permet d’imaginer l’objet en son absence et de relier cet objet au mot qui le signifie, le représente. Ce mot (et sa représentation mentale) peut donc venir en lieu et place de cet objet pour le représenter, le symboliser. Symboliser, c'est la possibilité d’utiliser et de comprendre les symboles. C'est le processus même de l'utilisation des symboles, des métaphores, des "comme si".

Il s'agit de pouvoir utiliser, comme le jeune enfant qui joue, un "tout se passe comme si". A l’instar de l’enfant qui a besoin des contes pour comprendre comment d’autres ont agit dans certaines situations, les adultes ont aussi besoin de mythes, d’identifications, de culture, d’art, de lectures ou de films pour être en contact avec des schémas psychologiques particuliers, semblables ou différents des siens. Les enfants vont jouer leurs fantasmes avec beaucoup plus de facilité que les adultes et, d’une certaine manière, se libérer de tensions, de contraintes, de frustrations, d’une manière tout à fait naturelle, si elle n’est pas entravée.L'enfant peut ainsi représenter par le jeu des situations ou événements pénibles, comme les poupées qui se mettent en scène dans des dialogues prenant du sens dans l'histoire de l'enfant. Cela lui permet de verbaliser sans confondre imaginaire et réalité, ou sans passer à l'acte.

Les adultes perdent souvent cette capacité à jouer leurs rêves et leurs fantasmes, à les dessiner ou à leur donner une forme concrète. Or tous ces éléments psychiques qui ne trouvent pas à s’inscrire quelque part, le font dans le symptôme dépressif, somatique ou anxieux. Ce quota d’énergie créative se transforme en quota d’énergie négative, répétitive, vide ou insensée. Le simple fait de proposer de jouer à, de se laisser aller, va provoquer une régression permettant à des adultes de renouer avec leurs capacités à exprimer leurs problèmes dans des représentations symboliques. Ce sont des expériences de vie qui vont être jouées, rejouées, dessinées, modelées, écrites, découvertes, expérimentées, développées, etc…. Cette mise en situation concrète permet de mettre en relation, en lien, des éléments psychiques d’une façon différente de la parole. Ce lien gagne, bien sûr, à être signifiant, mais il nécessite alors une supervision pour l'ergothérapeute qui souhaite s'engager dans cette voie, afin de traverser cette expérimentation par lui-même.

Il ne s’agit pas d’interpréter ou d’expliquer, mais d’aider à mettre des mots sur des situations, des objets, des ressentis, des images, etc….Il ne s’agit pas de trouver un seul sens illusoire à un symbole, mais de savoir qu’il y a des liens signifiants qui existent entre eux et que chaque personne possède sa façon personnelle de relier ces éléments.
Cela pourra alors permettre, grâce à la compréhension de ces liens, de donner du sens. Du sens à un dessin, à un événement, à sa vie. Pour tout être humain, il est nécessaire de parler pour exprimer, communiquer. Si cette parole ne se fait pas, alors la thérapie demeure dans le registre de l’occupation du vide, du faire pour faire, du passage à l’acte insensé, du non sens.

Symboliser est l'acte essentiellement fondateur de la psyché humaine et donc la marque de l'humain. C’est la signature de notre possibilité d'être pris dans les filets d'un langage codé commun. Nous avons vu ci-dessus comment cette fonction se construisait dans du manque, dans de l'absence mais aussi de la présence. Elle nécessite aussi d'avoir un système symbolique commun avec les autres individus et ce processus de symbolisation nécessite donc que nous soyons passés par l'intégration de cette notion de langage commun et signifiant, dans le registre symbolique. (Voir symbole et métaphore)


Selon les personnes,
ce processus de symbolisation pourra être plus ou moins actif et conscient, possible ou impossible: 
  • Dans le cas de la psychose, les patients n'ont pas accès à la fonction de symbolisation. Les personnes psychotiques, n'ont pas le même système de référence que nous pour analyser, comprendre et intégrer des situations qui devraient, en principe, être reconnues de façon similaire par l'ensemble des humains. C'est l'ergothérapeute qui devra assurer un étayage de cette fonction par ses intentions thérapeutiques de mise en liens (dedans dehors, représentations extérieures médiatisées et pulsions internes, métaphores concrètes puis psychiques de contenance). L'élaboration psychique des pulsions demeurera, le plus souvent un horizon lointain, voir inatteignable et les thérapeutes viendront se proposer comme des béquilles psychiques.
  • Les personnes état-limites nécessiteront très clairement un travail de mise en représentation de leurs pulsions de destruction, pour tenter de lier l'énergie dans des représentations pour éviter les passages auto- et hétéro-agressifs. ( voir élaboration psychique).
  • Ce processus de symbolisation, est plus facilement accessible aux personnes atteintes de névrose, anorexie, dépression. Pour certaines de ces personnes le processus sera relié à celui de l'introspection et leur permettra de trouver du sens à leur symptôme, à leur façon d'être, à leur vie.

Dans tous les cas, la dimension symbolique nécessite une scène pour être jouée ou re-jouée. En ergothérapie,il s'agira le plus souvent d'une scène réelle et matérialisée, comme celle de la feuille blanche, une scène de théâtre ou de marionnettes, un tableau pour une mise en représentation graphique, une exposition. Cette scène extérieure peut faire écho à la scène imaginaire et intérieure (tels les rêves, les associations d'idées, les imageries mentales, etc...) si les personnes en ont les possibilités, c'est à dire si leur espace intérieur existe et si l'espace transitionnel personnel a été raisonnablement acquis.

Exemples de symbolisation en thérapie



Interprétation ou mise en mots?

Du côté de l'ergothérapeute, sa fonction symbolisante va pouvoir s'exercer dans sa propre parole. Dans cette dimension se pose toujours la fameuse question de l'interprétation. Qui interprète? Pourquoi? Comment? Peut-on interpréter? Qu'est-ce qu'une interprétation? Quel effet aura-t-elle sur la personne? S'agit-il vraiment d'une interprétation ou d'une mise en mots?

Une compétence
L'interprétation, en psychologie, consiste à aider la personne à faire du lien entre des mots ou des images, et ses profondeurs psychiques. L’interprétation est du coté de l'inconscient et cette notion est très fréquemment rapportée à l’interprétation des rêves. Encore faut-il considérer cela sous l’angle d'une mise en lien entre conscient et inconscient et non pas sous la forme illusoire d'un catalogue de symboles ayant un sens prédéterminé à l'avance comme dans de nombreuses "clefs des songes". L'interprétation au sens de la psychologie s'exerce du côté du ou de la thérapeute, qui, à un moment donné, se donne l'autorisation de mettre en lien des éléments qui n'en avaient pas de prime abord.

Le mot interpréter en lui-même, souvent, fait peur, déroute. La compétence en est attribuée à d’autres, psychologues ou psychiatres. Or cette mise en mots, cette élaboration verbale, fruit de l'imaginaire et de l'inconscient, ne peut se faire qu'avec le ou la thérapeute qui a mis le cadre en place et qui a permis l'émergence de créations porteuses de sens potentiel. En aucun cas il n'est justifiable de faire de la création du patient un objet dont on s'empare, pour aller le "faire interpréter" ailleurs. Il est donc fondamental, si l'on se place dans la situation de permettre à quelqu'un de s'exprimer librement dans la matière, de se donner les moyens d'aboutir à la capacité d'une parole porteuse de sens. Il sera alors question d'avoir de bonnes oreilles et pas forcément de bons yeux, même si nous avons souvent tendance à croire qu'il s'agit de saisir quelque chose dans le visuel de l'objet qui peut sembler porteur d'une éventuelle signification.

En ergothérapie, notre spécificité est d'ajouter à la parole la dimension du concret de la matière et de l'objet. La dimension concrète de l'objet  vient s'inscrire comme une trace, un témoignage de l'espace intérieur du sujet. Le mystère qui peut sembler contenu dans l'objet, ou l'évidence qu semble se dégager tout à coup d'une peinture qui nous semble lisible, sont souvent des leurres quand à leur véritable signification ou des chimères fascinantes. Très souvent cette notion d'interprétation est, le plus souvent, étroitement associée à notre désir (inconscient) de saisir quelque chose d'invisible ou bien encore d'évaluer la situation thérapeutique. Or il n'y a rien de plus différent qu'une évaluation et une interprétation. Ceci pose la question de notre désir d'être thérapeute. Et si notre sir est d'accompagner l'écoute, la découverte du sens, il faudra s'engager dans un travail sur soi personnel et approfondi pour se donner les moyens de développer cette compétence.

Un sens
L’ergothérapeute est interpellé(e), plus souvent, dans un jugement esthétique, de réussite, ou d’adaptation à une norme. Nous parlons de mise en mots, de verbalisation du ressenti, d’expression de soi-même. Mais il arrive aussi que nous soyons interpellé(e) sur ce fameux sens.Cette attente du patient d'une révélation sur lui-même, nous place dans une position haute d'un présumé savoir, souvent délicate à gérer, voir assumer. Faut-il, alors, se poser en détenteur ou détentrice d'un sens qui échappe à la personne? Il est toujours possible de nommer des couleurs, des formes, d'exprimer ce qui interpelle, étonne, bref, de mettre en circulation des mots autour de la création, pour se sortir à bon compte d'une telle demande. Le plus souvent, notre parole gagne à n'être qu'un simple constat, comme un miroir de ce qui se dit dans la matière, sans y ajouter autre chose.

L'interprétation diffère de l'explication en ce qu'elle propose plusieurs pistes possibles. Elle ne peut être unique car elle engage des dimensions inconscientes qui sont illogiques. L'inconscient ne répond pas à la logique du conscient et ne dépend pas des mêmes processus. Elle ne doit pas donner de solution toute faite, ni fermer la porte à la parole du patient. Plutôt que révéler UN seul et unique sens, ce qui est une utopie, voir un fantasme de toute-puissance, elle devrait être à même de souligner simplement qu'il y a DU sens quelque part et du lien signifiant.

Qu'un(e) ergothérapeute exprime son ressenti face à une création est possible de manière respectueuse et en précisant toujours bien qu'il s'agit d'un ressenti et non pas d'une explication ou d’une certitude sur autrui. Poser des mots, faire circuler de la parole, offre au patient ou à la patiente un partage de notre cohérence interne, de notre façon d'écouter, d'entendre, de réagir. Cela favorise la mise en lien pour les sujets psychotiques qui peuvent ainsi s'appuyer sur un psychisme sain pour construire le leur. Pour les sujets névrotiques, dépressifs, cela va favoriser un enrichissement de leurs propres capacités à interpréter le sens de leur création, comme métaphore du sens de leur vie. C'est le patient qui doit décoder, progressivement le sens de ses créations et le lien intime qu'elles présentent avec son espace intérieur.



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