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Entre les séances


Quand tout à coup un patient isolé et apragmatique nous demande quand a lieu la prochaine séance, quand une patiente demande à revenir en HDJ le jour où a lieu le groupe ou quand un patient qu'il fallait sortir de son lit commence à être aux abords de la salle un peu avant l'heure, alors, peut-être est-il possible de se dire qu'un quelque chose fonctionne durant les séances. Mais qu'en est-il de l'entre deux? Des questions se sont alors posées progressivement. Que se passe t'il entre les séances? Comment est-il possible d'accompagner une personne pour lui donner un sentiment de continuité et le sentiment que l'on s'intéresse à elle? Comment peut-on créer des liens? Garder des traces? Préparer et penser les séances à l'avance?

Entre les séances, s'inscrivent des actions possibles, qui ont été développées principalement par et pour les stagiaires ergothérapeutes. En effet, l'animation d'un tel groupe de patients psychotiques, n'entre pas toujours dans les compétences acquises des élèves qui viennent en stage et il est pourtant important qu'ils puissent trouver leur place dans cette démarche.
L’action principale à réaliser entre les séances est la création de liens entre les patients eux-mêmes et entre les thérapeutes et les patients. Prendre des nouvelles d'une personne, rappeler le jour et l'heure de la séance, accompagner quelqu'un dans une démarche ou l'aider à préparer la séance suivant sont autant de pistes de travail possible pour ce temps de l'entre deux qui a pris progressivement, de plus en plus d'importance. Ces accompagnements individualisés sont lisibles dans le coin des histoires et les interactions ponctuelles (difficiles à quantifier, codifier ou même raconter tant elles sont justement ponctuelles et impromptues) sont à inventer au gré des rencontres avec les patients dans le service.

Toutefois, pour permettre aux élèves de trouver leur place plus facilement dans cet entre deux  et pour offrir une structure de travail pour garder des traces dans les dossiers et permettre de préparer les séances, un travail a été réalisé par un élève de seconde année. Les fiches qui ont ainsi été élaborées sont accessibles par les liens donnés.
 

"Protocole " ou intuition?

Le besoin des élèves d'entrer dans un protocole rassurant ou scolaire pour une prise en charge est bien lisible dans les études de cas qui leur sont demandées et qui vont permettre progressivement d'entrer dans une pensée organisée et structurée. Le "protocole" de travail de ce qui se passe entre les deux séances d’Autonomie et Projets, a donc été naturellement proposé par l'un de ces élèves de seconde année, Valentin D'Hervillé, soucieux d'une organisation permettant à lui et à ses collègues de s'y retrouver plus aisément. Il a donc créées deux fiches d'observation, l'une personnelle et l'autre groupale, fiches que nous avons retravaillées ensemble et qui seront modifiées au fil des séances pour affiner la pertinence des items.
Il s'est avéré, au fil du temps que les fiches individuelles étaient redondantes avec la prise de notes dans le dossier informatiques et elles sont restées comme un trame d'observation, si nécessaire pour les stagiaires. La fiche d'observation groupale elle, est devenue la mémoire du groupe et permet une lecture rapide du contenu des séances.

Là aussi, la co-création des outils continue à s'affirmer comme l'un des points clefs du travail entrepris dans ce groupe, autant du côté des thérapeutes que du côté des patients. Notre propre capacité à inventer des outils, des consignes, des jeux est garante que nous allons permettre aux patients de déployer leurs compétences. Ces fiches sont donc remplies après la séance et vont permettre de renseigner le dossier patient, de conserver une trace de ce qui s'est passé, mais aussi de préparer la séance de la semaine suivante en nous permettant d'identifier s'il faut proposer un accompagnement personnalisé sur une demande d'une personne ou s'il faut soutenir la préparation d'une éventuelle sortie.

L'écriture du "protocole" de ce qui est à faire entre les séances a donc fait l'objet d'une analyse réflexive et permet ainsi aux stagiaires d'avoir une base de travail, si nécessaire. Mais l'inspiration personnelle plus libre peut aussi se déployer dans ce qui va se jouer entre les séances, si l'élève peut entrer dans une dimension plus intuitive. Là encore, il est important, autant pour les stagiaires que pour les personnes en soins ou pour nous-mêmes, de pouvoir respecter le rythme et la façon d'être de chacun, sans entrer dans des tiroirs trop formatés. Les besoins de cadre ou le désir de la singularité sont les deux extrêmes de nos positions de thérapeutes, palette sur laquelle nous aurons à jouer en fonction des capacités de nos patients et des nôtres. Entre flexibilité psychologique et rigueur scientifique...

 


Fiche individuelle
La fiche personnelle va permettre de distinguer dans notre pensée, la personne du groupe. Cette fiche est transcrite dans les notes du dossier patient, venant témoigner de ce qui s'est passé en séance. L'avantage d'une structure préparée à l'avance permet de ne pas rater d'items, l'inconvénient est de demeurer comme "répondant aux questions" au lieu de tenter de formuler de façon plus personnelle et spontanée, ce qui nous semble essentiel. Peut-être s'agit-il d'une différence entre une lecture plus psycho-dynamique (au sens de la subjectivité reconnue du patient et aussi du thérapeute) et une lecture plus cognition-comportementale (plus attachée à des descriptions objectives). Il est à noter aussi, que lorsque nous sommes professionnels depuis longtemps, ces items nous deviennent un savoir intégré qu'il est parfois nécessaire de remettre en fiches pour nos élèves. Cette fiche s'articule autour de trois catégories.

L'arrivée en activité
Cette catégorie propose d'observer attentivement la façon dont la personne va venir seule ou non en séance ou s'il faut l'inciter à venir, et de quelle manière. Ces items vont nous renseigner sur le niveau d'engagement de la personne. Sa façon de s'installer dans la salle, à côté de telle ou telle personne, ou bien encore de tenter de faire venir des personnes non inscrites, ou bien de rester toujours à la même place sont autant d'indicateurs sur le positionnement de la personne. Habituellement, l'intégration de tels éléments se fait de façon intuitive voir inconsciente, mais il est important de pouvoir les mettre en lumière et donc les nommer.

Durant l'activité
Cette catégorie est elle subdivisée en trois sous catégories :
  • Comportement : cette sous-catégorie va permettre de noter les observations des thérapeutes concernant trois items, centrés autour de la façon d'être de la personne, autour de sa participation et autour de son autonomie. Pour ces trois items des exemples de mots sont donnés entre parenthèse, permettant ainsi de donner des pistes si nécessaire. Ces items sont centrés sur le comportement visible de la personne, qui seront repérables avec des critères objectifs mais aussi subjectifs, car passés par le filtre du ou de la thérapeute. 

  • Groupe : Cette sous catégorie va permettre de développer une observation autour de deux items, l'un centré sur le groupe au sens de l'intégration, l'autre centré sur la situation groupale, au sens de l'espace personnel de la personne. La personne va telle pouvoir conserver et défendre son espace personnel? Ou se sentir intrusée? Va t'elle respecter l'espace des autres personnes?  Ces notions sont fondamentales pour nous permettre de percevoir comment la personne pourra à l'extérieur ensuite, intégrer plus ou moins facilement des groupes sociaux.
  • Parole : Cette sous catégorie incite à constater la qualité et la quantité de parole, ainsi que la distinction entre le temps de parole initial sur la reprise de la semaine, soulignant la motivation ou l’apragmatisme du patient. Elle peut nous guider dans le fait de rester encore plus attentif à ce qu'une personne ait suffisamment de temps de parole par rapport aux autres, surtout si nous repérons qu'elle est d'emblée en retrait.


Entre les séances

Cette catégorie permet d'interroger ce qui se passe pour le patient entre les deux séances. Trois items permettent de cibler l'essentiel, à savoir si la personne intègre des éléments de la séance, a une demande de travail personnel ou participe à la préparation de la sortie/séance suivant. C'est la motivation de la personne, ainsi que la distinction entre demande, besoin et désir qui seront ainsi repérés.




Fiche groupale


La fiche groupale va nous permettre d'avoir une lecture collective des différentes étapes de la séance. Elle sera aussi la base du travail éventuel à faire entre les deux séances. La notion d'appartenance groupale demeure le point clef de cette fiche. Plusieurs catégories sont repérables, qui reflètent les différents temps de la séance. Autant dans la fiche groupale certains items peuvent être renseignés en terme de oui ou non, autant cette fiche va être plus subjective et narrative. Elle n'est pas intégrée dans le dossier personnel des patients, mais tient souvent lieu de base pour la synthèse du lendemain où, le plus souvent, il est plus question du groupe et de ce qui s'y passe que des personnes en elles-mêmes. Ceci s'explique principalement par le fait qu'il s'agit de personnes chroniques, donc souvent nous en parlons moins dans les synthèses, puisqu'il ne se passe plus forcément beaucoup d'événements saillants. Nous sommes avec eux dans un autre temps de la thérapie, soit parce qu'elle est longue ou soit parce qu'elle est devenue hôpital de jour. L'intégration des patients dans ce groupe a permis de remarquer que la parole autour d'eux en réunion de synthèse, était plus importante qu'auparavant.



Activités réalisées entre les deux séances

Les activités qui ont pu être nécessaires entre les deux séances sont relevées et décrites en fonction du type d'activités, de la manière de les faire (avec qui, seul(e) ou en binôme), et de la qualité de cette démarche (spontanée ou incitée). Ces trois items sont les principaux, mais d'autres items descriptifs peuvent être décrits si nécessaires (fréquence, intérêt des patients, niveau d'engagement et de motivation, efficacité, etc...)


Temps de parole initial

Nous retrouvons là les items de la fiche individuels en termes de quantité et de qualité de parole, mais en y ajoutant l'impact du groupe. Il est ainsi possible de parler de la semaine passée, des activités faites en autonomie, des activités faites entre les deux séances avec les stagiaires ou seuls, des activités qui ont été nécessaires à réaliser par rapport au projet qui avait été nommé, etc...Nous devons être vigilants aux temps de parole respectif, au fait que les personnes s'écoutent entre elles, au fait que tout le monde puisse s'exprimer. Les thérapeutes sont à la fois les garants de la circulation de parole, soutenant cette dernière, mais aussi savoir laisser des temps de silence pour que les personnes ne restent pas uniquement dans une position de répondant aux questions.


Activité du jour

Il est à noter si cette activité a été choisie par le groupe ou par l'ergothérapeute, de quelle activité il s'agit, de noter comment s'est-elle déroulée, quels en étaient les intérêts et les objectifs, quel était le niveau d'engagement groupal, si cette activité a présenté un réel intérêt pour les personnes, etc...Cette partie doit être centrée sur la notion d'activités, en évoquant en particulier, si c'était une activité objectif ou une médiation expressive. Les activités ou médiations proposées restent toujours dans le champ de l'autonomie et des projets de vie, de sortie, de loisirs.


Dynamique de groupe

Dans cette catégorie de nombreux items peuvent être repérés, en termes de nombre et de qualité des interactions, de personnes intégrées ou isolées, de création d'un état d'esprit groupal, de collaboration possible ou pas, d'écoute les uns des autres, d'aide et d'entraide, d'interactions en apartés avec des préférences relationnelles, etc...Une illusion groupale s'est-elle constituée? Des sentiments de persécution ont-ils émergés? Les interactions se font elles en sécurité? Y'a t'il des leaders, des boucs émissaires, des sous-groupes?


Temps de parole final

Lors de ce temps de parole final, le ressenti de la séance peut-être interrogé pour permettre à chacun et chacune de constater qu'ils peuvent apprécier ou critiquer la séance, en toute sécurité et liberté. Si la critique n'est pas autorisée, les patients ne se l'autorisent pas toujours par eux-mêmes. Or, pour entrer dans une conscience sociale d'être citoyen, c'est aussi être en capacité de faire des choix, de dire oui ou non, de s'opposer et de ses distinguer. Il n'en reste pas moins que l'opposition gagne à demeurer dans des zones qui ne mettent pas en péril l'adhésion aux soins et justement pouvoir dire non ou critiquer un acte thérapeutique peut permettre au patient de se senti moins un objet de soins passif.


Préparation de la séance suivante

En fonction des idées et des demandes des patients (personnelles ou groupales) il est alors possible de prévoir des rendez-vous si nécessaire, d'engager des accompagnements, des taches, des temps pour telle ou telle personne. Il est important que cette logistique soit nommée devant le groupe. Ainsi, lorsqu'une décision doit être prise, comme par exemple renoncer à une sortie en raison d'une trop forte chaleur, c'est tout le groupe qui doit être présent (de préférence) pour qu'une discussion soit possible et implique les personnes en tant que membres de ce groupe.






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