Le monde carcéral réduit l'espace et suspens le temps pour des sujets étant déjà en difficulté pour verbaliser et symboliser . Il donne une teinte particulière aux pathologies qu’expriment nos patients. Comment dérouler son histoire et mettre du sens dans ce contexte ? Comment accompagner ceux qui ne disposent pas toujours de mots pour dire? L'UHSA permet alors une reprise de la temporalité et offre des espaces de soin où l'expression peut être remobilisée. Le village imaginaire reproduit un nouveau mouvement vers un lieu qui donne sens.
C'est donc au sein d'une UHSA, (l'Unité d'Hospitalisation Spécialement Aménagée accueillant des détenus nécessitant des soins en santé mentale) que nous avons mis en place le "Village Imaginaire" comme outil permettant d’accéder à la problématique de nos patients. Psychocriminologue et ergothérapeute, nous envisageons la clinique du Passage à l 'Acte comme une clinique de l'impasse, et les prises en soins au sein d’une UHSA comme contextuelles. Le Village Imaginaire est à l'origine un test projectif dont nous nous sommes inspirées pour créer un atelier en groupe.
"Bienvenue au Village Imaginaire, nous allons le créer ensemble", voici la consigne de départ.
La construction de ce monde commun, nous permet de nous rencontrer.
Si au commencement, nous recevons beaucoup d'informations cliniques, nous allons au fur et à mesure apprendre à utiliser notre outil pour répondre à nos patients par le biais de nos créations.
Intuition, contre-transfert, espace transitionnel, sont des concepts sur lesquels nous posons notre pratique à l'image de Winnicott, Ferenczi ou encore Bion.
Sur cet espace libre, nous invitons chacun à venir transformer ce médium malléable qu'est l'argile pour passer de l'informe à la forme, de l'impasse à la mise en sens. La représentation par l'argile, le symbole représenté à partir de matière brute est un retour aux éprouvés. On utilise la sensori-motricité pour faire appel aux ressentis, identifier les émotions et faire du lien avec les évènements de l'histoire de l'individu.
D’observatrices, nous choisissons dans un second temps de passer à la création. Ce positionnement nous offre la possibilité de répondre sur le même niveau de représentation métaphorique.
Outre l’univers carcéral et une clinique du passage à l’acte, ce média nous semble pouvoir offrir un support pour penser l’expression et la lecture des problématiques dans un contexte institutionnel. L'argile , par sa malléabilité peut se transformer et donner forme là où le mot manque. L'objet est un espace où l'on joue réellement (au sens de Winnicott) et laisse apparaître les représentations personnelles et modes de relation au sein du groupe. Celui-ci est le lieu des résonances entre les différentes créations argileuses et vient raconter ce qui n’a pas encore de mot.
Cécile Cauvy (ergothérapeute)
Mélanie Lesueur (psychologue)
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