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Symbolisation primaire et secondaire

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n changement au niveau des mécanismes de défense
Les mécanismes de défense, utilisés par le moi sont protecteurs et sont une façon de gérer l'angoisse. Nous pourrions considérer cela comme la première ligne de défense "naturelle" contre l'angoisse. Pour chaque personne les grands mécanismes de défense que sont le refoulement, la projection et l'introjection sont opérants de façon plus ou moins efficace, en fonction de notre construction psychique: Le refoulement permet de ne pas garder tout en mémoire consciente, la projection et l'introjection permettent de se construire, s'identifier, prendre des parties de l'autre en soi, se distinguer, s’affirmer, etc...Selon les structures psychiques, les mécanismes de défense seront variables et plus ou moins matures.
Lorsque les mécanismes de défense sont débordés, les pulsions non canalisées (énergie psychique libre et non organisée) peuvent provoquer de l'angoisse, des passages à l'actes, des débordements émotionnels gênants pour le patient. Or, l'éprouvé s'inscrit dans le corps. La dimension sensorielle des différentes activités que nous pouvons proposer, va donc contribuer à proposer un revécu de cette dimension. La dimension pulsionnelle, inscrite dans le somatique, sera donc ainsi prise en compte. L'éprouvé s'inscrit aussi dans les sensations et les émotions. Tous ces éprouvés, qui ont pu antérieurement, laisser des traces dans le psychisme de la personne, dans son espace intérieur, vont pouvoir être (r)éveillés par le travail de la matière, par le rapport à l'objet et donc ils pourront retrouver le chemin de la représentation de ce qui n'était pas encore exprimable.
En ergothérapie, il est donc possible d'expérimenter soit le renforcement de mécanismes de défenses déjà existants mais débordés momentanément, soit de les rendre plus matures, soit d'intégrer de nouveaux mécanisme de défense face à l'angoisse. La maturation des mécanismes de défense est une voie possible d'évolution pour le patient. Passer des mécanismes inadaptés, inefficaces à des mécanismes plus élaborés, plus matures devient possible. La sublimation est une voie possible d'expression, plus acceptable par la société, voir valorisée dans des actions telles que s'engager dans un métier ou découvrir une capacité de création. Cette voie peut-être suffisante pour certaines personnes, permettant une nouvelle voie d'expression de l'énergie psychique, un soulagement, parfois même une réparation. Ce type de travail va permettre un changement d'être même si la personne n'a pas toujours conscience de ce qui se trame dans son inconscient. L'angoisse peut donc diminuer, à nouveau gérée par les mécanismes de défense de la personne.





Faire baisser l'angoisse
Le modèle conceptuel de Freud , dans ses dimensions du destin des pulsions et des origines de l'angoisse va nous éclairer dans l'une des capacités inhérentes à l'action, à savoir faire baisser le seuil de l'angoisse. En ergothérapie, il semble à priori difficile d’avoir un effet sur l'angoisse, même si l’un de nos objectifs est justement la diminution de cette angoisse. En effet, l’élément thérapeutique le plus efficace, à court terme, est le médicament. Et pourtant, tout ergothérapeute connait ce mécanisme, permettant aux patients de se sentir mieux durant ou après une activité, même si cette dernière n'a pas conduit la personne dans les sphères de l'introspection ou de la conscience de soi. Notre thérapie va se révéler capable d'agir sur l’angoisse, plutôt à plus long terme et pas uniquement dans une démarche d'occupation pour ne pas penser, même si cet aspect n'est pas à négliger.

La mentalisation est notre capacité à traduire au niveau mental, de nombreuses choses: désir, frustration, deuil perte d'objet d'amour, ambivalence, conflits psychiques, etc...Cette capacité à transformer nos expériences vécues en représentation va donc dépendre du "jeu" entre notre çà, notre moi et notre surmoi, tant dans leurs dimensions conscientes qu'inconscientes. En ergothérapie nous allons pouvoir contribuer à cette mentalisation qui se déroule essentiellement en psychothérapie, mais d'une autre façon que par la parole, de manière plus concrète grâce à l'expression médiatisée qui va offrir des objets trouvés-créés, témoins d'une existence ou porteurs d'un sens.

Nous allons donc permettre à cette angoisse de s’exprimer d’une autre façon et pour cela il nous faut comprendre le lien entre les pulsions, l'angoisse, les mécanismes de défense et l'élaboration psychique (mentalisation). Il est donc important de se pencher sur les théories de l'origine de l'angoisse et sur les thérapies que nous allons pouvoir alors proposer. En effet si l'angoisse prend son origine dans une perte ou un défaut de représentation, ou si elle prend son origine dans un conflit intra-psychique, nous n'allons pas avoir les mêmes intentions thérapeutiques pour permettre à des processus psychiques de se dérouler. (voir théorie de l'angoisse ).


 
L'élaboration des pulsions
C'est du côté de Freud que nous allons trouver l'explication de l'appareil à penser, à mentaliser, qui va permettre d'éviter la voie du passage à l'acte. Des personnes ayant un défaut de capacité de représentation auront donc plus de facilité à laisser cette énergie pulsionnelle s'inscrire dans l'action. Dans ce cas, les représentants pulsionnels ne sont pas transformés en processus mentaux et cette énergie se décharge dans le faire. Toutefois, cela ne signe pas une pathologie psychiatrique. C'est lorsque ce défaut de mentalisation, de représentation psychique devient le mode de fonctionnement unique ou trop fréquent, que nous entrons dans le monde du passage à l'acte pathologique.

L'angoisse ressentie par certains patients peut trouver son origine dans une énergie intra-psychique libre, c'est à dire non liée par des représentations internes. Dans la première théorie de l'angoisse, Freud évoque la notion de l'angoisse comme une perte de représentation. Les pulsions non satisfaites ou non organisées, non liées par des représentants psychiques vont générer de l'angoisse. Ces théories nous aident à comprendre que pour permettre de baisser l'angoisse du patient, il faut l'aider à lier l'énergie libre des pulsions. Le "simple" fait d'agir, de faire quelque chose de concret, de mettre en forme et en représentation est garant du fait que l'énergie libre de l'angoisse va être "quelque part "liée et donc, le seuil de l'angoisse va pouvoir baisser. Il est aisé alors de comprendre que l'action proposée en ergothérapie va permettre au Moi d'expérimenter des voies de liaison des pulsions.

En ergothérapie d'orientation psycho-dynamique, nous allons donc proposer un chemin de liaison entre les pulsions et leurs représentants. Tout d'abord dans un passage par la matière où vont se déposer des traces, des empreintes, des représentations concrètes issues de l'espace psychique de la personne. Ce passage par la matière puis l'objet concret, va donner corps et formes à ce qui n'était que des mouvements internes non encore représentables et symbolisables. L'objet et la matière auront aussi un impact en retour par toutes les expériences signifiantes qu'ils vont permettre à la personne. Le travail d'élaboration des pulsions intéresse tout particulièrement les patients psychotiques et état-limite, souvent aux prises avec des pulsions de mort, liée à la destructivité.

L'élaboration psychique des pulsions nécessite plusieurs étapes et nous allons tenter de distinguer, de manière artificielle, comment ces étapes peuvent se mettre en place en ergothérapie. Cette capacité d'élaboration reste tributaire de la structure intra-psychique (psychotique ou névrotique) et des individualités de chacun (au sens de l'histoire, de la personnalité, etc..). L'élaboration des pulsions va surtout concerner les pulsions de destructivité, de mort, conduisant à des passages à l'acte de type suicides, scarifications, addictions et autres retour de la destructivité sur soi-même.


La dimension pulsionnelle

La notion de pulsion peut nous intéresser, en ergothérapie, dans sa dimension de charge énergétique, dans la mesure où nous proposons une thérapie très concrète, utilisant en priorité le corps, les gestes et les capacités d'action sur la matière. Il est à souligner que la charge énergétique contenue dans la pulsion va pouvoir s'exprimer plus aisément certaines matières. D'emblée, il est à remarquer que certaines médiations vont impacter très clairement sur cette utilisation de la charge énergétique de la pulsion : écrire avec un stylo n'a rien à voir avec sculpter dans la masse. En effet, il est plus difficile de contenir une charge émotionnelle, pulsionnelle lors d'activités où il est nécessaire de détruire, d'attaquer, de modifier le matériau initial. Certaines matières plus dures et plus solides que d'autres vont favoriser cette projection de l'énergie pulsionnelle dans la matière et le revécu de la pulsion. (voir expériences motrices et gestuelles dans les fonctions de la médiation)

Selon le type de pulsions, de vie ou de mort, constructives ou destructives, nous n'entreront pas dans les mêmes domaines de travail. La plupart du temps, il est plus facile pour les thérapeutes, de se centrer sur la notion de pulsion de vie, sur ce qui marche, sur ce qui est dans la plaisir, le fameux flow positif. Se situer du côté de la pulsion de vie est en effet, moins fatiguant sur le plan thérapeutique...Malheureusement, nos patients sont plus souvent situées du côté de la pulsion de mort, avec son cortège de morcellement et de destructivité du lien dans la psychose, de tentatives de suicide et de passages à l'acte divers. C'est donc plutôt de ce côté que le soin psychique va devoir se situer, dans des domaines moins agréables à supporter et à accompagner (voir pulsions de vie et de mort en ergothérapie)


Mise en forme concrète
La médiation permet la concrétisation des mouvements issus des exigences pulsionnelles, des contenus psychiques, des formes inconscientes personnelles et des émotions brutes difficiles à verbaliser. Parce que tout cela s'inscrit ainsi, visiblement, objectivement dans un objet, la médiation permet une première mise à distance, une concrétisation dans la matière. Il s'agit de la mise en forme dans la matière, par des représentations concrètes extérieures qui vont alors permettre un jeu entre les éléments externes (mise en formes dans la matière) et les éléments internes de la personne (représentations internes). L'utilisation de modèles externes, à condition qu'ils soient eux-mêmes métaphoriques et symboliques, porteurs de sens, est également possible, s'ils sont librement choisis. L'énergie va donc se projeter dans des représentations extérieures dont nous verrons les traces inscrites dans la matière, mais il faudra aussi que ces inscriptions concrètes et signifiantes puissent se faire dans le psychisme de la personne.

Représentation mentale (pensée en images et en mots)

La capacité de transformer nos expériences vécues en représentations se fait par le canal de l’appareil psychique,
lieu d’inscription des événements vécus par le sujet. La pensée est une mise en cohérence et un acte qui relève de processus d’organisation, de mise en lien de concepts, de souvenirs, de fantasmes, de sensations, d’affects et d’émotions. C’est dans l’espace intérieur que se déploie la pensée et celle ci s’élabore encore plus lorsque les mots peuvent avoir un sens, lorsqu’il y a représentation mentale du mot. Cette opération de liaison entre représentations de choses (dans le domaine du Ça) et représentation d'images et de mots (dans le domaine du Moi) permet de dire que le sujet est passé des processus primaires aux processus secondaires (voir processus primaires et secondaires) donc à une utilisation de défenses sur un mode névrotique ou normal. Chez l’enfant on remarque cette étape lorsque, jouant à faire comme si il dormait, il n’a plus besoin d’un oreiller et d’une couverture pour figurer cet état.

Une fois que des représentations psychiques sont installées, liant la pulsion aux affects, il devient possible de au psychisme, de les mettre en lien. C'est donc cette capacité à jouer avec des représentations, des symboles et à créer des liens signifiants entre eux, qui va permettre à la personne de symboliser. La mentalisation s'opère alors, grâce cette capacité de symbolisation avec laquelle elle est intriquée, voir pour certains auteurs identique. (voir fonction de symbolisation). Enfin, pour pouvoir partager et communiquer cette pensée, l'expression verbale est à proposer Cette dernière étape est, le plus souvent, plus aisée pour les personnes névrotiques, les patients dépressifs, les personnes ayant des capacités d’introspection. Cette étape de mise en mots sera à soutenir pour les patients psychotiques et ce sera, la plupart du temps, à nous de mettre des mots qui relient les ressentis et les actes, l'espace intérieur et ce qui se joue au dehors. Nommer et décrire ce qui se fait, se joue, se passe sera la voie d'une liaison possible entre des éléments psychiques souvent dispersés et des éléments externes souvent mal identifiés comme distincts du moi de la personne. Si l’ergothérapeute ne s'est pas donné les moyens de pouvoir recevoir une parole, de savoir repérer ce qui se joue en dynamique de groupe ou d'avoir expérimenté lui-elle-même, une co-animation avec un psychologue prendra alors tout son sens.




Les écrits de cet article sont la propriété intellectuelle de Muriel Launois et n'engagent qu'elle.
Il est possible d'utiliser tout ou partie des élaborations proposées, en citant vos sources.
Merci d'avance d'en respecter l'esprit.(article datant de 2008)

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