Le mandala inscrit un cercle de distinction entre le dedans et le dehors. (voir article dedans-dehors). Cette distinction entre dedans et dehors vient faire écho à l'espace intermédiaire de Winncott, cet espace qui permet de relier le dedans et le dehors. Il est à noter que même si nous ne sommes pas dans le cadre d'activités expressives libres favorisant la projection d'éléments intra-psychiques, au sens d'une représentation, la projection a toujours lieu. Que projettent les personnes dans un mandala? Que reçoivent-elles en retour de ce cercle rassurant, rythmé et bien organisé? Un moment de l'histoire de Samba peut nous éclairer.
Samba ou le dehors qui va dedans…..
Ces notions de projection et d'introjection vont nous être illustrées par un bref éclairage sur l'histoire de Samba, un jeune patient psychotique, sorti d'une peine de détention pour hold up. Il est hospitalisé en secteur fermé dans le service de psychiatrie et il est très difficile d'entrer en relation avec lui du fait de sa schizophrénie, de son repli sur lui et de sa méfiance.
Un espace de détente est proposé par une ergothérapeute, deux fois par semaine, dans ce secteur. C'est un cadre souple et ouvert, y compris la porte, tolérant les divagations des personnes en chaos psychotique, tout en assurant un sentiment de continuité par la présence de l'ergothérapeute, l'installation toujours identique de l'espace, les horaires réguliers et par la musique, utilisée en un fond sonore contenant. Du matériel de dessin est laissé dans l'espace, qui reste ouvert en dehors de la présence de l'ergothérapeute. Des mandalas, dessins géométriques en cercle, très structurés, (de type rosace avec des motifs pré-dessinés et des rythmes réguliers, répétitifs) sont également proposés.
Lors d'une séance, Samba parle des mandalas: "Cela me fait du bien et quand je dessine, je vais dedans". La dimension de la projection est intuitivement perçue par Samba qui peut la nommer, mais qui la vit en tout ou rien. Il ne projette pas des éléments intra-psychiques et reconnus comme tels, il se projette lui-même, sans distinction.
Les mandalas de Samba sont chaotiques, flous, brouillés, coloriés de façon asymétrique, inachevés et dispersés dans la salle, sa chambre et d'autres lieux. Pourtant, progressivement, il semble distinguer l'existence des traits et cesser de mélanger le dedans et le dehors du dessin. Il semble aussi distinguer mieux le rythme induit par le mandala et mieux respecter la structure.
L'un de ses dessins (ci-dessous) amène une autre constatation. Dans son discours, il parle d'aller dans le mandala, mais lorsque l'on voit son dessin où c'est le corps du personnage qui est étayé, représenté par un mandala, on peut se demander si ce n'est pas plutôt la structure du mandala qui est venue, au-dedans, organiser "quelque chose", amener un rythme, poser des éléments de stabilité. C'est la notion de l'introjection.
L'intérêt de l'utilisation des mandalas continue de se confirmer, tant auprès des personnes psychotiques qui se sentent contenues, organisées, cadrées, que par d'autres personnes qui décrivent que de telles structures les rassurent, les aident, leur permettent d'oublier leurs soucis pour un temps. Les mandalas s'offrent donc comme des structures contenantes, organisées, pouvant être introjectées au-dedans de la personne.
Toutefois, ce n'est pas de façon magique que cette introjection peut avoir lieu, mais dans le cadre d'une relation thérapeutique, où le mandala est donné comme nourriture métaphorique et vient s'inscrire comme tiers dans la relation. Il ne suffira donc pas de laisser trainer des mandalas dans un service pour espérer avoir une influence thérapeutique...mais force est de constater qu'ils trainent toujours quelque part dans un coin...