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Médiations expressives

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"Ce qui se passe dans l'esprit trouve dans la matière et dans la nature, des reflets dont la forme évocatrice devient symbole du monde intérieur. Il nous faut, pour exprimer le monde insaisissable du psychisme, des formes nous permettant de mieux le comprendre. D'où le besoin qu'ont toujours eu les inspirés, les artistes, les mystiques ou les chercheurs d'utiliser la comparaison comme outil explicatif. "


Marie-Claire Dolghin "Les saisons de l'âme". (Editions Séveyrat).





La médiation va venir s'inscrire comme un moyen d'expression. C'est surtout dans ce domaine que des confusions voir des doutes identitaires du côté des ergothérapeutes, fleurissent le plus. En effet, l’utilisation des médiations n'est pas l'apanage des ergothérapeutes et d'autres thérapeutes les emploient. L'utilisation d'une médiation pour permettre l'expression de soi est une caractéristique de l’ergothérapie en santé mentale, en psychiatrie et psychologie médicale. Dans d'autres domaines, elle semble peu, voir pas utilisée. Ce type de travail va permettre un changement interne, plus en profondeur et nous pouvons parler de véritable soin psychique. Selon l'orientation de l'institution, de l'ergothérapeute, mais surtout des besoins des patients, cette orientation est légitime, même s'il faut parfois s'en donner les moyens par des formations complémentaires, des thérapies personnelles, des supervisions. Tout comme les activités thérapeutiques, les médiations vont permettre des expériences signifiantes. Ces expériences seront plutôt des expériences identitaires, créatives, projectives. (voir expériences signifiantes )


La m
édiation
comme moyen d'expression


L'utilisation du terme de médiation n'est pas anodin et se retrouve, le plus souvent dans la bouche des ergothérapeutes travaillant en psychiatrie, mais aussi, dans d'autres paroles. L'utilisation d'une médiation est, en effet, une compétence tout à fait transversale et que nous partageons avec des infirmiers, des art-thérapeutes, des psychologues, des psychothérapeutes, des psychomotriciens, des musicothérapeutes et j'en oublie sans doute encore. La médiation intègre en elle-même la notion de "médiatiser quelque chose", d'être un entre deux. Entre soi et soi, entre soi et l'autre, entre soi et le monde. La médiation est, le plus souvent, utilisée dans sa qualité d'être un moyen thérapeutique, un moyen de soigner, un moyen d'initier un changement intra-psychique possible. La médiation serait peut-être alors plutôt du côté du soin psychique, venant s'inscrire comme un moyen d'expression pour retrouver sa propre parole et non pas s'adapter à celle de l'autre. Il ne s'agit plus de proposer une activité signifiante, qui ait un sens pour la personne, mais de proposer des médiations qui permettent à la personne de retrouver la capacité à donner du sens, à symboliser.


Le soin psychique, va permettre à la personne de mieux se connaitre, se définir, entre en pleine conscience de soi, avec ses forces mais aussi ses faiblesses. Ce type de thérapie psycho-dynamique, introspective est actuellement vécu comme trop centré sur les problèmes des personnes et pas assez sur leurs ressources. En fait, il ne faut pas confondre les processus intérieurs sources de souffrance psychique (angoisse, conflits intra-psychiques, difficulté de construction identitaires), et les symptômes psychiatriques visibles. Les thérapies analytiques permettent un décodage de ce qui se passe pour le patient, mais aussi pour le thérapeute dans les interactions avec la personne en souffrance, et également dans la situation médiatisée proposé en ergothérapie, en particulier grâce à Winnicott. Ces thérapies ne tentent pas d'éradiquer un symptôme gênant, en se centrant uniquement sur les problèmes et les plaintes, mais proposent de détricoter ce qui l'a amené à s'installer en lieu et place d'une parole, d'une conscience, d'une autre façon d'être. Les plaintes de la personne, sa souffrance, ce qui fait aussi intégralement partie d'elle-même, demandent à être écoutées et entendues.

La pratique d'une médiation, pour qu'elle devienne thérapeutique, se doit d'être pensée, analysée, réfléchie, pratiquée, enracinée dans un modèle conceptuel, comprise dans un contexte, bref être reconnue comme une pratique complexe, source d'expériences variées et imbriquées les unes dans les autres. Une médiation doit être employée, pour être thérapeutique, non pas tant comme une distraction de l'esprit pour aider des personnes à penser à autre chose qu'à leurs soucis, (illusion souvent nécessaire au patient lorsqu'il décide ou accepte de s'engager dans une aventure active), que comme un moyen d'expression pour pouvoir agir sur soi-même à travers cette médiation (au sens d'une évolution intra-psychique possible et d'un véritable changement d'être).


En psychiatrie et psychologue clinique, le soin portera donc sur le changement sur un plan psychique qui sera rendu possible, en ergothérapie, par l'utilisation d'une médiation thérapeutique
. Lorsque la personne joue, crée, bricole, met en forme avec le matériau, la matière, proposés par cette activité, des changements vont intervenir dans son psychisme, concernant le sentiment d'existence et de valeur, le sentiment d'avoir un espace psychique personnel. Ces changements sont possibles à travers les expériences motrices, sensorielles, identitaires et relationnelles. (voir sentiment d'existence)


Ces transformations intra-psychiques peuvent être conscientes ou non. Elles peuvent demeurer des capacités créatrices nouvelles (changement au niveau des mécanismes de défenses) ou devenir des tremplins vers une introspection concrète, à travers l'objet comme miroir de soi (changement au niveau de l'élaboration psychique). Non seulement, matière ou objet peuvent se proposer comme métaphores de la personne ou de parties d'elle-même projetée à l'extérieur de soi, mais en plus une transformation de matière/objet peut avoir un effet de transformation de soi, par retour dans le psychisme.
Ce double mouvement de projection et d'introjection est la base de l'efficacité des thérapies à médiations. Ces 2 processus thérapeutiques  sont la base d'une véritable transformation intra-psychique. Cette transformation ne repose pas uniquement sur les fonctions de la matière, en effet, le cadre et la relation thérapeutique y jouent aussi un grand rôle. Et le ou la thérapeute sera aussi l'un de nos "moyens" thérapeutiques, si ce n'est l'essentiel, dans nos propres capacités à nous centrer sur les dimensions psycho-affectives et signifiantes. (voir (se) Transformer )


La notion d'"activité signifiante", très en vogue actuellement gràce à la MOH, a en psychologie clinique, une tout autre signification. La question du sens, en effet, nous amène sur des pistes de réflexion autour des notions de sens symbolique et d'interprétation. Ce processus de symbolisation permet aux patients de pouvoir figurer ce qui était impensable, archaïque, inconscient. C'est le c½ur même du travail d'élaboration psychique qui sera possible grâce à la matière concrète. Il ne s'agit pas tant de savoir interpréter le sens d'un objet fini, que de permettre aux personnes de découvrir comment des liens s'établissent entre leurs objets internes et les objets externes. Les mêmes choses ne se projettent pas dans les mêmes matières. La matière et les techniques ne proposent pas les mêmes expériences signifiantes qui vont permettre à la personne de ré-activer des traces mnésiques d'éléments psychiques nécessitant d'être re-travaillés, élaborés, conscientisés pour être élaborés psychiquement. (voir élaboration psychique )



Exemples de médiations thérapeutiques

Ces médiations thérapeutiques vont proposer un soin psychique pour permettre de réelles modifications intra-psychiques. Ce type de médiations favorise
une expression concrète qui va permettre progressivement, s'il y a peu ou pas de modèles, la possibilité d'une expression libre. La notion de temps de parole est incontournable pour l'élaboration psychique et la mentalisation. Il est possible de distinguer aussi les médiation thérapeutiques dans une lecture entre techniques impressives et expressives, correspondant aux processus thérapeutiques principaux, de projection vers l'extérieur ou d'introjection, vers l'espace psychique. (Les techniques corporelles et musicales sont également abordées ici, plus pour information, et ceci en raison du fait de pratiques personnelles qui ne sont pas directement utilisables par des ergothérapeutes sans formation complémentaire).


Médiations expressives

      Médiations créatives et projectives


Ce sont des activités telles que le dessin, la peinture, la sculpture, le collage, etc… Elles favorisent l’expression d’élément psychiques personnels et ne demandant pas trop d’apprentissage technique qui voilerait la dimension projective. Ces activités favorisent plutôt l'expression de soi, la projection de parties psychiques dans l'espace intermédiaire, la connaissance de soi-même, la découverte de la dimension créative. Elles sont plus difficiles à aborder pour certains patients qui ont un imaginaire pauvre, des obsessions, ou en état de psychose aiguë. (voir processus de projection ).


Elles permettent aussi, dans un processus psychique inverse, d'intégrer en soi des éléments psychiques transformés ou nouveaux, d'engranger de nouveaux modes de pensée ou de défense, de modifier notre point de vue, d'ouvrir des perspectives inattendues, bref, de modifier notre système de mécanismes de défense en vue de l'assouplir ou de l'enrichir. Il s'agit alors, du mouvement d'introjection. (voir introjection ).


Elles favorisent aussi, le réveil de la dimension créative et imaginaire en chacun, au-delà de la préoccupation thérapeutique, de la mise en mots et du sens que l’on peut y chercher. La possibilité de jouer avec des matériaux, d’y inscrire des ressentis, des pulsions, des fantasmes, est source certes de découverte de soi, mais aussi de plaisir de faire, de jouer, de créer. Ces techniques, éloignées des modèles, des apprentissages, des normes, favorisent la découverte de son intuition, de ses possibilités personnelles, de son désir.

Elles s’adressent plutôt à la dimension psychoaffective de la personne et favorisent les liens dedans et dehors, le travail sur les contenus psychiques. Ce sont des médiations favorisant l’expression de l’imaginaire, de l’inconscient, des fantasmes, de l’histoire intime du sujet. Elles sont, parfois, source de résistances et d’inquiétude, avec la peur de ne pas savoir, de se dévoiler, etc…Selon la population,la dimension imaginaire de chaque personne peut être bloquée, freinée, non développée ou les sujets peuvent en être envahi totalement ou de façon délirante. Il est possible, par le choix d’un cadre adéquat de favoriser son émergence, mais cela ne peut en aucun cas, être obligatoire. Cette dimension imaginaire de chaque individu est l'expression de son inconscient personnel.



     Médiations portant sur l’image du corps (théâtre, marionnettes, vidéo, photographie, etc…)

Ces activités permettent le déploiement de ce que l’on nomme le corps imaginaire et permet au sujet de s’identifier, se différencier, se reconnaître, jouer un rôle, parler de lui ou d’elle à travers un personnage, etc…Elles posent la question de la différence entre l’être et le paraître. Des projections sont possibles à travers, par exemple les marionnettes et permettent de jouer des situations personnelles d’une façon distanciée et déguisée. Le théâtre gagne à être utilisé avec une bonne distinction entre scène et réalité. L’invention d’un personnage favorise une projection de soi-même dans ce personnage, sous une forme ludique et déguisée, qui favorise le plus souvent, une plus grande sécurité, une plus grande souplesse que de parler de soi plus directement.

Elles nécessitent souvent un cadre de référence psychanalytique, apte à rendre compte de la projection de soi-même et à en entendre les tenants et aboutissants, en particulier pour travailler sur la part de la projection personnelle dans le personnage, et le lien avec sa propre histoire.



Médiations impressives


Ce sont des médiations s’adressant à l’éprouvé corporel, au différents sens, à l'éveil du ressenti dans le sens du dehors vers le dedans. Elles se déclinent en utilisation d’eau, de sable, de terre, de couleurs et de matériaux divers, découvertes olfactives, musicales, découvertes d’images, sensations corporelles, etc… Ces techniques tentent de se mettre au diapason d’un sentiment de passivité et de dévalorisation, de vide intérieur que les médiations vont venir rejoindre par leur dimension impressive, c’est à dire réceptive et non pas active. Dans ce cas, les personnes vont pouvoir se sentir écoutées et respectées dans cette nécessité d'abandon momentané, dans une passivité qui peut devenir une découverte du lâcher prise. Pour qu’elles ne demeurent pas dans des dimensions uniquement archaïques, il est important qu’elles débouchent, progressivement, sur une création, une mise en forme progressive et une mise en parole. Ce type de médiation est transversal à d'autres corps de métier, tels que les musico-thérapeutes, les art-thérapeutes, les relaxologues et psychomotriciens. Pour certaines pratiques des formations complémentaires sont donc nécessaires.

Selon la population

  • Il convient de tenter d’entrer en relation avec les personnes psychotiques au niveau qui leur est accessible, c’est à dire, un univers sensoriel archaïque. Mais cela, pour leur offrir la possibilité d'évoluer et pas uniquement de demeurer dans des dimensions régressives. Ces activités doivent s'orienter toutes, vers une expression des éprouvés sensoriels, avec la possibilité de les relier à une histoire personnelle ou commune. (sentiments éprouvés sur une musique, description des qualités de la matière, du matériau, etc).
  • Il est également possible d'utiliser de telles activités pour des sujets dépressifs qui ne peuvent pas accéder, dans un premier temps à la dimension du faire. Ils sont en effet, dans une position de passivité. Souvent, cette position est passive et agressive, leur symptôme s'adressant alors, à quelqu'un. Même si ces personnes ont un narcissisme primaire existant (sentiment d’exister et d’être différencié des autres) la pulsion de mort est parfois si forte, qu’elle peut remettre en cause le sentiment d’exister du sujet, au sens du désir de vivre ou non.
  • D’autres personnes peuvent être touchées dans leur sentiment d'exister, au sens d'être incarné dans un corps sensible et non pas d'avoir un corps, plus ou moins malmené, telles que les jeunes filles anorexiques, les personnes âgées entrant dans la démence ou proche de la mort, les sujets mélancoliques. Les personnes alcooliques peuvent aussi en bénéficier, ainsi que les personnes état-limites, dans la mesure où les traumas souvent vécus leur permettent quand même de travailler dans cette dimension corporelle.



       Les techniques régressives

Ces techniques se caractérisent par un impact sensoriel et corporel fort et direct. (Packing et enveloppement corporel, techniques aquatiques, jeux avec l'eau ou le sable environnement d'éveil multi-sensoriel type de type snoezelen, toucher de différents matériaux) Même en ergothérapie plus traditionnelle, au sens artisanale et concrète nous pouvons retrouver cet aspect régressif, dans l'utilisation par exemple de l'argile, (médium très malléable et très proche du corps à corps) ou lors de l'utilisation de peinture (dans des méthodes utilisant les doigts). De plus, par son aspect ludique, l’ergothérapie est souvent vécue comme maternelle, nourricière, orale, enfantine voir infantile, autant d'adjectifs qui peuvent favoriser un sentiment de régression, cette fois dans le sens temporel. Par son cadre spatial particulier, elle peut donc permettre au sujet de se relier à des dimensions de lui-même plus régressives, plus archaïques, infantiles ou enfantines. La régression peut être une possibilité pour le sujet, de rejouer des étapes, des moments de vie, qui n’ont pas été vécus ou normalement élaborés.


        Les médiations corporelles

Ces activités corporelles visent essentiellement à retrouver un éprouvé corporel plus riche et un sentiment d'existence plus concret. Ces activités nécessitent des formations complémentaires et une pratique personnelle de ces méthodes. Elle peuvent être des techniques corporelles diverses augmentant l'éprouvé corporel, de type massages ou auto-massages, de la gymnastique douce, de la relaxation active, des exercices respiratoires, etc...Le regard porté sur l'évolution du ou de la patiente sera alors, coloré par cette conscience de la dimension du sentiment d'exister ou non.

  • En relaxation, des techniques impressives et souvent vécues comme régressives, insistant sur l'enveloppe musicale rassurante et berçante, des techniques centrées sur l'écoute de soi et sur le respect de ce qui est ressenti sans imposer un ressenti particulier, permettront au sujet d'explorer vraiment son vécu affectif personnel. Le lâcher prise peut être découvert et favorisé par certaines techniques de respiration, de relaxation. La relaxation s'inscrit très clairement dans les techniques impressives, réceptives. Dans la mesure où elles proposent une régression, c’est à dire un passage de la pensée à l’état de sensations, il est important de demeurer vigilant dans leur utilisation avec des personnes psychotiques. Il vaut mieux, dans ces cas là, proposer des auto-massages du corps propre, des techniques permettant de redonner corps et solidité à la personne. Il faut aussi guider fermement les séances et proposer des temps de parole pour redonner une signification à toutes ces sensations parfois étonnantes, étranges, difficile à nommer. (voir thérapie psycho-corporelle décrite dans ce site )


  • L'écoute musicale peut permettre de ré-activer une dimension affective inhibée par la reviviscence profonde de souvenirs enfouis et éveillés par le sonore, dimension archaïque qui touche des zones émotionnelles ou liées à des sentiments. Le plus souvent, l'écoute musicale est utilisée comme inductrice de parole ou de créativité. La musicothérapie quand à elle, qu'elle soit active (instruments) ou réceptive (écoute musicale) est accessible en formation continue, En musicothérapie, il est possible de rejoindre la personne dans cette dimension impressive, d’écoute de soi, se nomme le respect de l'iso de la personne, c'est à dire de son vécu affectif du moment. (par exemple, l'écoute de musique tristes en cas de tristesse). La musicothérapie active entrera plus dans le domaine de l'expression. (travail du rythme, des percussions, utilisation de petits instruments, etc...)



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